La gestion des déchets nucléaires est un vrai casse-tête. Lors du déploiement de l’atome civil sur la planète, la solution de l’immersion de déchets en mer a été employée par plus d’une dizaine du pays. Ce sont des milliers de tonnes de ces bombes à retardement qui reposent aujourd’hui sur le plancher océanique et souffrent peu à peu de la corrosion. Toute la semaine, Novethic sillonne les abysses à la recherche de ces monstres marins créés par les humains. 

Dès le début de l’ère nucléaire, la question de la gestion des déchets faiblement ou hautement radioactifs s’est posée. À l’époque, toutes les pistes étaient ouvertes : les envoyer dans le soleil, les stocker dans des couches géologiques profondes, utiliser d’anciennes mines et même les noyer au plus profond des mers et des océans. Cette dernière option a été utilisée pendant presque 50 ans. Il a fallu attendre 1982 pour voir un premier moratoire sur cette pratique, puis 1993 pour que la convention de Londres interdise de telles immersions.

Pendant des décennies, l’industrie a considéré que la radioactivité ne poserait aucun problème par effet de dilution. 14 pays ont été concernés par cette pratique dans tous les océans. Mais, selon des données de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), deux zones concentrent près de 95 % de la radioactivité rejetée dans l’océan, soit sous forme d’effluents liquides soit dans des barils métalliques. 49,7 % se situent dans l’Atlantique Nord-Est, incluant la Manche et la Mer du Nord. 45,1 % sont en Arctique.

Pour ce qui est de l’Europe, le Royaume-Uni et la Belgique se sont concentrés sur la fosse des Casquets, à 15 kilomètres au nord du Contentin. Ce trou d’à peine 100 à 160 mètres de profondeur aurait accueilli 17 274 tonnes de déchets selon l’Andra. Par ailleurs, sept pays européens (France, Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Suisse) ont choisi des grandes profondeurs, à 4 000 mètres, dans l’Atlantique. Ceci dans le cadre d’un programme d’immersion coordonné par l’Agence pour l’Energie Nucléaire (AEN), dépendant de l’OCDE.

Programme de récupération

La France a participé à deux vagues d’immersion en 1967 et 1969 pour un total de 14 200 tonnes de déchets issus du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). À l’époque, pour rappel, le parc nucléaire français n’existait pas. Le pays a ensuite fait le choix d’utiliser des sites de stockage surveillés à terre. En plus du nucléaire civil, la France a aussi immergé dans le pacifique 3 200 tonnes de déchets issus de la recherche en matériaux nucléaires pour les essais militaires.

Restent des données inconnues, notamment du côté de l’ex-URSS et des États-Unis. Ces deux pays ont pu procéder à des immersions en dehors de tout cadre de programmes internationaux. En particulier, l’agence française explique que ces deux nations ont mis à la mer “des cuves de réacteurs contenant, pour certaines, du combustible“.

Au début des années 80, il a été envisagé de récupérer des milliers de ces fûts. Des études radiologiques ont même été menées en ce sens par l’AEN, l’Ifremer et l’AIEA. Mais les niveaux de radioactivité restaient voisins des niveaux naturels. De nombreux fûts métalliques sont encore intacts mais souffrent de plus en plus de la corrosion.